Entrevue exclusive accordée à l'AQCSI par Madame Joanne C. McCloskey lors du congrès NANDA-NIC-NOC tenu à Chicago en avril 2002.

Lina Rahal et Natacha Touchet


Madame Joanne C. McCloskey dirige le centre des classifications de soins infirmiers (Center for Nursing classification and clinical effectiveness).

Elle est l'auteure principale de toutes les éditions de la Classification d'interventions en soins infirmiers avec Madame Gloria Bulecheck. La troisième édition des NIC a été publiée par Mosby -Year Book en 2000.

La traduction française de la deuxième édition de la classification est publiée chez Masson. Le livre est distribuée au Québec par Somabec.

Q. Vous travaillez à l'élaboration et à l'enrichissement de la classification d'interventions de soins infirmiers (NIC) depuis ses débuts en 1987. À votre avis, comment la classification évoluera-t-elle dans les années à venir?

R. C'est difficile à prévoir. Nous savons que le nombre d'interventions concernant la santé communautaire sera augmentée. Ce contexte de soins est particulièrement important pour les pays en voies de développement où les actions visent l'ensemble d'une collectivité. Et ce domaine prend aussi plus d'importance aux ÉU puisque l'accent est mis sur la prévention et les problèmes de santé de collectivités.

De nouvelles données résultant des travaux de recherche en cours nous seront utiles pour valider les interventions ou pour procéder à des révisions. Des projets de recherche pour déterminer l'efficacité et le coût des interventions des infirmières devront être faits. Ce genre de recherches «Outcomes research» permettra de répondre à des questions comme: quelles interventions sont les meilleures pour quels types de patients ou population et à quel coût. Ainsi, la science infirmière progressera plus rapidement.

Un autre aspect important c'est le travail qui se fait en lien avec NANDA et NOC pour développer une structure taxinomique commune aux trois classifications et pour faire suite au travail déjà commencé pour établir des liens entre les diagnostics infimiers (NANDA) les interventions (NIC) et les résultats de soins infirmiers (NOC). Ces liens peuvent servir pour élaborer des plans de soins, faciliter la création de base de données pour l'informatisation des soins infirmiers, aider les éducateurs à enseigner la prise de décision clinique ou à élaborer un curriculum. Ces liens peuvent aussi être utilisés en recherche pour tester les interventions, évaluer la pertinence des liens suggérés et élaborer des théories.
En somme, ce qui reste à faire c'est du travail de raffinement. Nous prévoyons rééditer la classification des interventions tous les 4 ans pour que les données les plus récentes de l'évolution de la classification soient disponibles pour les intervenants.


Q. Est-ce que la terminologie des NIC peut s'intégrer facilement dans les systèmes informatiques ?

Il est maintenant plus facile d'inclure les interventions dans un système informatique. Il y a dix ans, on ne pouvait pas insérer de longues descriptions d'interventions dans les bases de données. Le nombre de caractères possible pour un champ défini a été considérablement augmenté de sorte qu'il est maintenant possible d'inclure des descriptions plus longues. Les informaticiens ont fait des ajustements pour augmenter le nombre de caractères par champ afin de faciliter l'inclusion des interventions et des activités telles que décrites dans la classification. Le problème est résolu depuis environ 5 ans et la limite du nombre de caractères par champ n'est plus un obstacle à l'utilisation de systèmes d'information en soins infirmiers.


Q. Chaque catégorie d'intervention est accompagnée d'activités que l'infirmière réalise dans le cadre d'une intervention. Est-ce que les systèmes informatiques permettent de préciser les activités?

R. Oui. Il est possible de choisir les activités appropriées à la situation, de les préciser en fonction du patient et de faire des ajouts au besoin. Il y a suffisamment de flexibilité pour permettre l'individualisation du plan de soins.


Q. Lorsqu'on enseigne les NIC, est-ce qu'on devrait approfondir l'étude de catégories d'intervention ou bien enseigner la terminologie de la classification lors de l'étude de situations cliniques comme on utilise un dictionnaire?

R. Faites l'analyse du contenu de vos cours et faites ressortir les interventions qui sont les plus fréquemment décrites. Il a été démontré que 80 interventions constituent la base ou le corpus de 39 spécialités; ces 80 interventions sont donc considérées comme essentielles. Il est important de faire l'étude des catégories d'interventions pour avoir une vue d'ensemble des activités que l'infirmière fait pour atteindre un but. Il reste alors à choisir quelles interventions doivent faire partie de votre programme. La monographie suivante pourrait vous aider à intégrer les classifications dans les programmes d'étude en soins infirmiers.


Q. Pouvez-vous nous donner une idée de l'ampleur de l'enseignement des classifications des interventions qui se fait dans les programmes de formation aux ÉU?

R. Présentement, 260 centres de soins et facultés de nursing aux ÉU utilisent les NIC à peine dix ans après la publication la première édition. La classification d'interventions (NIC) est plus facile à comprendre puisqu'elle décrit la pratique des infirmières, elle est facile à documenter et elle est conviviale. Par ailleurs, les compagnies informatiques commencent à incorporer les interventions dans les systèmes d'information en soins infirmiers, le processus est enclenché et des projets sont en cours.

Entrevue réalisée le 12 avril 2002 à Chicago lors du congrès NANDA-NIC-NOC.